J’ai vendu mes pieds

Le mouvement est une arnaque
pour les travestis que nous sommes.

J’ai vendu mes pieds au premier venu sans les siens.

Mon corps me gratte à des endroits que je ne peux pas atteindre sans masque, corde ou canne à pêche.

Je pêche à l’intérieur de mon corps des organes offerts en carte cadeau, du caoutchouc mouillé, mâchouillé.

Je pêche à l’intérieur de ton corps des chats féroces et maigres, du verre cassé sans accident, à l’intérieur de ton corps, des restants d’autres corps. Aucune goutte de sang ne t’appartient. Nos anniversaires sont une farce à échelle mondiale.

Alors je me crève les tympans juste pour sentir le vent avec l’oreille. Je me demande si la souffrance a une langue comme la mienne ou si elle n’a pas plutôt la langue féline. Je me demande si je ne suis pas un autre chat à nourrir, qui fera d’autres chats à nourrir, qui mourront faute d’y avoir trop de chats.

La vie est un zoo ambulant et l’antispécisme est une promesse. Je marche sans mes pieds jusqu’à nos pays sans chemin, j’y sens l’odeur des cigarettes et de l’essence, dans un ascenseur capricieux, qui ne fait que descendre.

Mais je remonte. Je suis l’escroc aux crocs taillés. Je me voudrais mauve et petite, je me voudrais transparente. Mais les apparitions me renvoient un corps de crocodile.

Mon confort devient un lit d’hôpital et j’en ris remontée en fauteuil. Mes veines éclatent l’une après l’autre, mais les ampoules sont allumées lorsqu’on m’injecte. Je les remercie. Je leur dis :

dans ma vie, docteurs,
je n’ai jamais échoué.

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